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Blog’n roll

Pierre Rey est mort

en juillet 2006...

Publié le 25 avril 2010, par Anne PIGEON-BORMANS, Avocat au barreau de Paris

Mon hommage à Pierre REY, publié la 1ère fois en juillet 2006, il avait depuis disparu du net, mais on me fait l’honneur de me le réclamer souvent et aujourd’hui encore... Alors le revoici.


C’est rédigé comme ça :"L’écrivain Pierre Rey, auteur de best-sellers comme « Le Grec », « Le Rocher », « Out » ou « Palm Beach » est décédé des suites d’un cancer samedi à Paris. Il avait 76 ans..." Puis, ça prend encore trois paragraphes, le temps de rappeler qu’il avait produit un petit livre "atypique dans sa production" relatant son analyse avec Lacan, qu’il fut le directeur de Marie-Claire à 30 ans, et le tour est joué.

- Se faire snober jusque dans la mort. C’est une leçon et un retour en quelque sorte à son premier succès.

"Ils se présentèrent, journalistes littéraires.

L’un d’eux se racla la gorge...

- ça ne vous gêne pas ?
- Quoi donc ?
D’un geste ennuyé, il balaya l’espace pour désigner les affiches de mon stand.
- De commencer votre carrière comme ça ?"
page 157

Pierre Rey est mort, et j’aurais juré qu’on en ferait des tonnes partout, en hommage. C’est l’inverse, tout le monde s’en fout et contrefout, et même on se dit, finalement c’était qui ? Un grand écrivain, un journaliste ? Parce que "auteur de best sellers" ça veut rien dire ? Non ? Vous n’êtes pas d’accord ? Alors on dit rien. On se venge en la bouclant. Mais ce silence-là, pour peu qu’on l’entende un peu, il fait du bruit.

- Attention, ce qui suit peut nuire gravement à la santé pour qui est con-tent de sa vie.

Avant Lacan, Pierre Rey est une sorte de Beigbeder, ou de Patrick Bateman, il est brillant, ses amis sont riches et célèbres. A la différence, qu’il est, lui, Pierre Rey, très... Beautiful. Il sera toujours beau, aussi beau que Robert Redford. Plus beau même. Il aurait dû jouer le rôle de James Bond, mais avait refusé. Pas son truc d’être "objet".

"Je ne savais pas encore dire non. J’animais des équipes, je prêtais l’oreille, pour me pénétrer de mon importance, à la logorrhée d’inconnus fades, j’entrais dans un magasin pour acheter des chemises, j’en ressortais avec des chaussures neuves, la vendeuse à mon bras, et, quand par miracle je n’étais pas phagocyté par les autres, j’appelais des amis pour leur poser la question la plus stupide qui puisse sortir de la bouche d’un être humain, "Qu’est ce que tu fais ce soir ?" page 21

Mais un jour, alors qu’il est au sommet de sa gloire, et la société pas encore en pleine ébullition (65), il prend la fuite.

"Il était huit heures du soir. On était en hiver. Mes journaux sous le bras, je descendis de mon bureau et sortis dans la rue où portière ouverte, mon chauffeur m’attendait. Tout se joua en une fraction de seconde : je me vis comme je vis l’inéluctable trajectoire qu’allait être ma vie. J’avais trente-cinq ans. Dans trente ans, j’en aurais soixante cinq. Avec un peu de chance, un autre chauffeur m’attendrait peut-être et je dirigerai un autre journal. Anéanti soudain par l’accablante sensation de voir passer le convoi de mes propres obsèques, je remontai à mon bureau, m’emparai du téléphone et appelai une compagnie aérienne..." (page 103)".

De retour à Paris plusieurs mois après, sans travail ni argent, le brillant journaliste rase les murs, fuit son entourage, sombre dans la dépression. Ne connait plus de contact avec la société qu’à travers les huissiers, et une certaine personne à qui le livre est dédié : LE GROS. C’est lui qui va le diriger, d’abord vers la psychanalyse, ensuite vers un certain Jacques Lacan.

"A peine Gloria m’avait-elle ouvert la porte du vestibule que s’écartait le vantail de la porte de son bureau. Nous nous adressâmes un grand sourire. De toute évidence, malgré les patients que j’avais aperçu dans la salle d’attente, il n’attendait que moi". page 51.

Pierre Rey n’a pas d’argent pour la seconde séance, que Lacan fixe au lendemain matin, ni la suivante, ni les suivantes, mais il est embarqué pour le voyage..."M’eût-il demandé de le rejoindre aux antipodes pour une entrevue de vingt secondes à 10 millions, j’aurais trouvé l’argent et j’y serais allé. Quand ils ont cette force les liens du transfert sont insécables." page 68.

Mais pourtant les séances impayées s’accumulent...Lacan est plutôt cher, c’est bien ce que veut son analysant... et le rythme est journalier...

... Je le prévenais avant la séance que je n’avais pas de quoi le payer. Parfois il ne bronchait pas. Oui ?... disait-il comme si je n’avais rien dit. La sueur au front, je passais rapidement à autre chose. Au bout de plusieurs semaines, quand les séances dues s’accumulaient, je sentais venir la crise. Les deux premières années, elle éclata à deux ou trois reprises avec une violence qui me terrifia. Avec des mots très durs, Lacan me menaça de mettre fin à la cure si je ne trouvais pas le moyen de régler mes dettes." page 102.

Absorbé par son travail analytique avec ce personnage hors du commun, il doit alors trouver une solution. Les amis, les relations, ont été largement mises à contribution. Il n’est plus question d’emprunter. Il lui faut de nouveau gagner de l’argent, mais sans abdiquer sa liberté et surtout, il ne veut pas entendre parler d’autre chose que de psychanalyse. L’écriture est donc la seule activité qui lui semble acceptable.

- Alors ce sera un best-seller.

"C’était écrit sur la jaquette, Papillon et Le Parrain avaient été édité chez Robert Laffont. Inutile de chercher plus loin, avant même d’avoir écrit une seule ligne - sur quelle histoire ? - j’avais déjà trouvé mon éditeur." page 129.

En 1973, sort LE GREC inspiré de la vie d’Aristote Onassis. C’est un immense succès, le premier d’une longue série, et qui ne se démentira jamais. Le Times qui lui a consacré quelques lignes largement plus intéressantes que la nécro du Monde rapporte que Pierre Rey qui a vécu la plupart de son existence en Californie disait qu’Air France était sa maison.

"Plusieurs saisons s’écoulèrent... Un matin, dans ma maison d’Irlande, je fus réveillé par celle qui partageait ma vie.

- Je viens d’écouter la radio me dit-elle. Lacan est mort.

Couvertes de fougères mauves, les collines du Wicklow étalaient sous mes yeux leurs rondeurs douces. Je descendis, cassai quelques branches d’acacia et les tendis aux biches qui paissaient dans un enclos. Je n’avais plus qu’à m’installer dans le provisoire que je m’étais construit. Jusqu’à ce que la mort m’en chasse." 221ème et dernière page d’Une saison chez Lacan...

Ce qu’elle a fait 25 ans plus tard.

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